Que dit exactement un diagnostic électrique ? Pas tout ! Il répond surtout à une question : l’installation de cette maison expose-t-elle ceux qui y vivent à un risque de choc électrique ou d’incendie ? Il contrôle une liste de points de sécurité, sans vérifier la conformité aux normes actuelles, et il n’oblige personne à faire des travaux. Avant d’acheter, vous y lirez les anomalies et ce que le diagnostiqueur n’a pas pu vérifier. Reste à savoir ce qui est vraiment grave et ce que coûterait la remise en état : le rapport ne le dit pas, ce guide vous aide à l’estimer.
Ce rapport n’est qu’une pièce du dossier que vous transmet le vendeur. Pour situer les autres, le guide des diagnostics immobiliers avant d’acheter fait le tour du dossier. Ici, on ouvre le rapport électricité et on le lit page par page, comme je le fais pour un client.
L’essentiel
- Le diagnostic électrique évalue les risques pour les personnes : choc électrique et incendie. Ce n’est pas un contrôle de conformité aux normes.
- Lisez-le dans l’ordre : la conclusion, le tableau des anomalies, les informations complémentaires, puis ce qui n’a pas pu être vérifié.
- Aucune anomalie, même dangereuse, n’oblige le vendeur à faire des travaux. Vous non plus, si vous achetez pour y habiter. Pour louer, les règles du logement décent s’appliquent. Le rapport conseille seulement de faire appel à un électricien qualifié.
- Ce qui est écrit dans le rapport, vous l’achetez en connaissance de cause : c’est avant de signer qu’il faut comprendre.
En quoi consiste le diagnostic électrique ?
On l’appelle le « diag élec ». Son nom officiel, c’est « état de l’installation intérieure d’électricité ». Un diagnostiqueur certifié inspecte l’installation de la maison, du disjoncteur général jusqu’aux prises et aux points lumineux, et relève ce qui peut provoquer un choc électrique ou un incendie. En gros : est-ce qu’on risque de s’électriser ou de mettre le feu en vivant ici ?
Le diagnostic électrique est obligatoire pour vendre une maison dont l’installation a plus de 15 ans. C’est l’âge de l’installation qui compte, pas celui de la maison. Pour une vente, sa durée de validité est de 3 ans (6 ans pour une location). Pour savoir s’il le sera encore le jour de l’acte, l’outil gratuit Votre dossier est-il complet ? fait le calcul pour ce rapport et pour tous les autres.
Le diagnostiqueur ne regarde que ce qui est visible et accessible le jour de sa visite. Il ne démonte rien, sauf le capot du tableau électrique quand c’est possible. Les fils encastrés dans les murs, cachés derrière un meuble ou sous un plancher échappent donc à son contrôle : un câble abîmé derrière une cloison n’apparaîtra pas dans le rapport. Les appareils branchés (four, lave-linge, radiateur d’appoint) ne sont pas vérifiés non plus.
Le saviez-vous ?
Le rapport l’écrit lui-même en première page : « en aucun cas, il ne s’agit d’un contrôle de conformité de l’installation ». Le diagnostiqueur suit une liste de points de sécurité fixée par l’arrêté du 28 septembre 2017, pas la norme NF C 15-100 que respecte un électricien pour une installation neuve. Une maison peut donc avoir un rapport sans aucune anomalie et une installation loin des normes actuelles : pas assez de prises, pas de circuit dédié au four, un tableau d’un autre âge. L’inverse est vrai aussi : une maison de plus de 15 ans n’est souvent plus aux normes actuelles, sans être dangereuse pour autant.
Comment lire un rapport de diagnostic électrique, dans le bon ordre ?
Commencez par la conclusion, puis descendez dans le détail. Tous les rapports suivent le même modèle officiel, quel que soit le logiciel du diagnostiqueur : vous retrouverez les mêmes rubriques, dans le même ordre.

- 1 La conclusion : une case « aucune anomalie » ou « une ou des anomalies », puis la liste des domaines concernés.
- 2 Le tableau des anomalies : une ligne par défaut constaté, avec son code, son libellé et l’endroit où il se trouve.
- 3 Les informations complémentaires : surtout la protection différentielle 30 mA.
- 4 Les points de contrôle non vérifiés et les pièces non visitées.
La conclusion et ses domaines
La conclusion classe les anomalies en six domaines : l’appareil général de commande (le gros interrupteur qui coupe toute la maison), la protection différentielle et la terre, la protection des circuits contre les surintensités, la salle de bain, les parties sous tension accessibles, et le matériel vétuste. Un domaine coché vous dit où chercher, pas encore si c’est grave.
Le tableau des anomalies
Chaque ligne porte un code tiré de la norme du diagnostic, suivi d’un libellé standard. Le code paraît obscur, mais il se lit très bien. Prenons une ligne fréquente :

- 1 Le domaine : ici, la protection contre les surintensités.
- 2 Le code : B4 renvoie à ce domaine, la suite précise le point contrôlé.
- 3 Le libellé : la phrase de la norme, identique dans tous les rapports.
- 4 La remarque et la localisation : ce que le diagnostiqueur a vu, et où (il ajoute parfois des photos). C’est la partie la plus parlante.
Traduction : dans le tableau, des fils trop fins relient les disjoncteurs entre eux. Quand la maison tire beaucoup de courant (four, plaques et chauffe-eau en même temps), ces fils chauffent. Le risque, c’est l’incendie dans le tableau.
Les informations complémentaires : le 30 mA
Cette rubrique dit si toute l’installation est protégée par un dispositif différentiel 30 mA. C’est le filet de protection : il coupe le courant en une fraction de seconde quand une fuite traverse quelqu’un. « L’ensemble de l’installation est protégé » est une bonne nouvelle. « Une partie seulement » mérite votre attention.
Ce qui n’a pas pu être vérifié
Un peu plus loin, le rapport liste les points que le diagnostiqueur n’a pas pu contrôler, avec la raison : une mesure impossible, un tableau trop ancien pour être démonté sans casse, une pièce encombrée. Un point non vérifié n’est ni bon ni mauvais. Il reste simplement une question ouverte, à poser au vendeur ou à un électricien.
L’erreur que je vois le plus souvent ? S’affoler devant le vocabulaire. « Risque de contact direct », « matériel vétuste », « absence de liaison équipotentielle » : les libellés de la norme inquiètent par nature, et l’on imagine vite la maison prête à prendre feu. Pourtant, beaucoup de ces anomalies se corrigent facilement : un couvercle à poser sur une boîte de dérivation, une prise à éloigner de la douche. Reste à les séparer des vrais dangers, comme des fils dénudés accessibles.
Quelles anomalies reviennent le plus souvent ?
Dans les rapports que je lis, ce sont presque toujours les mêmes : la terre, les fils du tableau, les fils dénudés, la salle de bain. Voici comment les traduire.
| Le rapport dit | En clair | Le risque |
|---|---|---|
| Prise de terre absente, ou résistance trop élevée ; prise non reliée à la terre | Une fuite de courant n’a pas de chemin pour s’évacuer sans passer par vous | Choc électrique |
| Section des conducteurs non adaptée, dans le tableau ou sur un circuit | Des fils trop fins pour le disjoncteur qui les protège | Échauffement, incendie |
| Partie active nue sous tension accessible ; enveloppe manquante | Un fil dénudé ou une boîte de dérivation sans couvercle, qu’on peut toucher | Choc électrique |
| Liaison équipotentielle de la salle de bain absente ou insuffisante | Les éléments métalliques (baignoire, tuyaux) ne sont pas reliés entre eux | Choc électrique en milieu humide |
| Matériel placé dans une zone interdite de la salle de bain | Une prise trop près de la douche ou de la baignoire | Choc électrique en milieu humide |
| Matériel vétuste ou inadapté à l’usage | Un interrupteur en porcelaine, une douille sans protection, une rallonge devenue définitive | Choc électrique |
Petite astuce de diagnostiqueur : chaque anomalie précise où elle se trouve, et les photos en fin de rapport la montrent. Une boîte sans couvercle dans les combles ne pèse pas comme une boîte sans couvercle dans la chambre d’un enfant. Profitez de la seconde visite pour aller voir sur place.
Une anomalie, est-ce forcément dangereux ?
Non, pas au même degré. Une prise sans terre dans une pièce sèche, protégée par un différentiel 30 mA, n’a pas le même poids qu’un fil dénudé à portée de main. Le rapport, lui, les met sur le même plan : c’est à vous de les hiérarchiser.
Il signale aussi parfois une « mesure compensatoire ». C’est une protection qui réduit le risque quand la règle de base ne peut pas être appliquée. Exemple classique : des prises ne sont pas reliées à la terre, mais un différentiel 30 mA protège leur circuit. L’anomalie reste écrite, et elle est compensée.
À vous de jouer : ces deux maisons ont la même conclusion, « l’installation comporte une ou des anomalies ». Laquelle demande d’agir en premier ?


Voir la réponse
La maison B, malgré une anomalie de moins. Son différentiel 30 mA ne se déclenche pas quand on appuie sur le bouton test, et il ne protège de toute façon qu’une partie de la maison : le filet de protection est troué. S’y ajoutent des fils trop fins dans le tableau, donc un risque d’incendie. La maison A n’est pas parfaite pour autant : sa connexion nue sous tension est à traiter vite, mais c’est souvent un petit chantier. Et toute son installation est sous 30 mA, ce qui compense deux de ses anomalies.
Le vendeur doit-il faire les travaux avant la vente ?
Non. Aucune anomalie du diagnostic électrique n’oblige le vendeur à faire des travaux, quel que soit le danger. Le rapport se contente de conseiller de faire appel à un électricien qualifié « dans les meilleurs délais ». La maison se vend en l’état, et c’est vous qui hériterez des anomalies. Soyez-en bien conscient !
Le diagnostic sert d’abord à vous informer. Sans diagnostic en cours de validité le jour de l’acte, le vendeur ne peut pas s’exonérer de la garantie des vices cachés pour l’électricité. En revanche, une anomalie écrite noir sur blanc dans le rapport, vous en avez été informé : il sera difficile de la présenter plus tard comme un vice caché.
Avant de signer, vous pouvez donc :
- demander au vendeur si des travaux ont été faits depuis le diagnostic, et lesquels, factures à l’appui ;
- faire venir un électricien pour un devis, rapport en main (je vous le conseille s’il y a de nombreuses anomalies) ;
- comparer ce budget avec celui que vous aviez prévu pour la maison.
Combien coûte la remise en état de l’électricité ?
Tout dépend de l’ampleur. Devant un rapport chargé, je conseille de remplacer « est-ce grave ? » par une question plus utile : faut-il refaire tout le réseau encastré, ou seulement mettre en sécurité le tableau et quelques prises ? Changer un différentiel défaillant ou poser un couvercle coûte peu. Refaire les circuits dans les murs, c’est un vrai chantier. Ces ordres de grandeur aident à situer votre rapport :
| Travaux | Fourchette indicative |
|---|---|
| Interrupteur différentiel 30 mA (matériel seul) | 40 à 250 € selon le modèle, plus la pose |
| Mise en sécurité minimale | 55 à 75 € par m² |
| Rénovation partielle | 80 à 120 € par m² |
| Rénovation complète | 120 à 200 € par m² selon les sources |
Pour une maison de 100 m², une rénovation partielle avec un tableau neuf revient à environ 13 000 € dans l’exemple d’IZI by EDF. L’écart entre « quelques centaines d’euros » et « plusieurs milliers » se lit dans le rapport : nombre de domaines cochés, état de la terre, âge du tableau.
Et dans votre dossier ?
Dans votre rapport électricité, je classe chaque anomalie selon son urgence (danger immédiat, à traiter rapidement, à planifier), avec un ordre de grandeur du coût. Vous savez ce qui vous attend avant de signer.
Questions fréquentes
Peut-on faire un diagnostic électrique sans électricité ?
Oui, mais une partie des contrôles demande du courant, comme le test des différentiels. Le rapport les range alors dans les points non vérifiés et recommande de les faire contrôler une fois l’installation remise sous tension. C’est fréquent dans une maison vide depuis longtemps ou une succession.
L’installation a été refaite il y a moins de 15 ans : faut-il un diagnostic ?
Non, l’obligation vise les installations de plus de 15 ans. Encore faut-il le prouver : c’est l’attestation de conformité visée par le Consuel qui fait foi. Si le vendeur ne peut pas la fournir, le diagnostic est réalisé. Une rénovation partielle ne suffit pas : si une partie de l’installation a plus de 15 ans, le diagnostic reste obligatoire.
Le diagnostic doit-il être encore valable le jour de l’acte ?
Oui. S’il dépasse ses 3 ans entre le compromis et l’acte, le vendeur doit en faire réaliser un nouveau. Sinon, il ne peut pas s’exonérer de la garantie des vices cachés pour l’électricité. Et de toute façon, le notaire le demandera.
Aucune anomalie : l’installation est-elle aux normes ?
Pas forcément. Un rapport sans anomalie dit que les points de sécurité contrôlés sont satisfaisants. Il ne dit rien du nombre de prises, de la puissance disponible ou de la capacité du tableau à accueillir une pompe à chaleur ou une borne pour voiture électrique. Si vous prévoyez de tels équipements, faites-les chiffrer par un électricien.
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