Humidité des murs en maison ancienne : d’où vient-elle, que faire ?

Par Guillaume Le Bricon, diagnostiqueur immobilier · Mis à jour le

L’humidité des murs d’une maison ancienne vient presque toujours de l’eau du sol qui monte, de la pluie qui entre ou de la vapeur produite dans la maison, plus rarement d’une fuite. L’endroit où apparaît la tache vous renseigne généralement sur son origine, et l’ordre pour la traiter ne change pas : éloigner l’eau, laisser le mur sécher, ventiler, et seulement ensuite envisager un traitement.

« Ancienne » est d’ailleurs plus large qu’on ne le croit. Pour l’humidité, une maison est ancienne dès qu’elle n’a pas de barrière étanche au pied des murs. C’est le cas d’une ferme de 1900, mais aussi de certaines maisons des années 1970.

L’essentiel

  • La place de la tache indique la cause : bas de mur et salpêtre pour le sol, façade et dessous de fenêtre pour la pluie, angles froids pour la condensation.
  • Votre dossier de diagnostics donne déjà des indices : la ventilation et la nature des murs dans le DPE, les argiles et les inondations dans l’état des risques.
  • On traite l’eau qui arrive avant le mur, et on n’isole jamais un mur humide.
  • Sur un mur ancien, le ciment, la peinture « anti-humidité » et les injections coûtent souvent cher sans régler la cause, et peuvent même aggraver les dégâts.

Pourquoi les murs d’une maison ancienne sont-ils humides ?

Parce qu’ils sont faits pour l’être un peu. Un mur en pierre, en terre ou en brique pleine a été monté directement sur le sol, sans barrière contre l’eau. Il en absorbe, puis la rend à l’air sous forme de vapeur.

Dans un mur en bonne santé, l’eau du sol monte en général de 50 à 80 cm, puis s’évapore. Le mur en a même besoin, car un mortier ancien trop sec redevient poussière. Un mur ancien doit boire un peu et transpirer beaucoup.

Le problème commence quand on l’empêche de transpirer, ou qu’on lui donne plus d’eau qu’il ne peut en évacuer. Un enduit ciment, une peinture étanche ou un trottoir collé au pied du mur ferment la sortie. L’eau monte alors plus haut, jusqu’à 1,5 ou 2 m, et ressort à l’intérieur. C’est pour cela que l’humidité passe avant presque tout le reste quand on rénove une maison ancienne.

Dans une maison des années 1970 ou plus récente, en général il existe une barrière au pied des murs, et une tache vient donc plus souvent d’un problème de condensation.

Le saviez-vous ?

Le salpêtre, ces auréoles blanches ou ce duvet poudreux en bas des murs, prouve que le mur évapore encore. Ce sont des sels apportés par l’eau du sol, qui cristallisent quand elle s’évapore en surface. Ce n’est donc pas le salpêtre qu’il faut combattre, mais l’eau qui l’amène.

Mur humide en maison ancienne : comment savoir d’où vient l’eau ?

Regardez d’abord où se trouve la tache, puis quand elle apparaît. L’eau du sol ne « saute » pas le bas du mur : une tache près du plafond ne vient presque jamais du sol.

OùÀ quoi ça ressembleQuandCause probable
Bas du mur, sur le premier mètreSalpêtre, joints qui s’effritent, enduit qui sonne creuxToute l’annéeL’eau du sol (remontées capillaires)
Façade exposée, sous une fenêtre, pied de mur côté pluieTaches qui foncentAprès une forte pluieLa pluie : gouttière, terrain en pente vers la maison, rejaillissement
Angles, derrière les meubles, autour des fenêtres, haut des mursPoints noirs, buéeEn hiver, pièces peu aéréesLa condensation de la vapeur de la maison
N’importe oùAuréole qui s’étend viteDu jour au lendemainUne fuite : le compteur d’eau tourne quand tout est fermé
Les quatre sources d’humidité les plus courantes dans un mur ancien.

Les remontées capillaires, c’est l’effet du sucre trempé dans le café : l’eau du sol monte par les minuscules canaux du mur. La condensation, elle, vient de l’intérieur : on en a peu conscience, mais une famille de quatre personnes produit chaque jour plusieurs litres de vapeur (cuisine, douches, linge, respiration), qui va se déposer sur la paroi la plus froide si elle n’est pas évacuée (par une VMC par exemple).

On confond souvent les deux. Pour trancher, collez un carré de film plastique sur le mur pendant 48 heures : des gouttes côté pièce signalent de la condensation, de l’humidité côté mur montre que l’eau vient du mur. Tapotez aussi l’enduit avec le manche d’un tournevis : s’il sonne creux, l’eau l’a souvent décollé.

À vous de jouer : voici trois taches dans une même maison. Saurez-vous dire d’où vient l’eau ? Tache A, au bas du mur du salon, sur 70 cm, avec une poudre blanche. Tache B, dans l’angle du plafond d’une chambre exposée au nord, derrière l’armoire, avec des points noirs. Tache C, sous l’appui de la fenêtre de la cuisine, qui fonce après chaque averse.

Trois murs d'une même maison avec une tache d'humidité : A en bas du mur avec du salpêtre, B dans un angle du plafond avec des moisissures, C sous un appui de fenêtre (exemple fictif)
Voir la réponse

A vient du sol : bas du mur, salpêtre. B est de la condensation : un angle froid, derrière un meuble, loin du sol. C vient de la pluie : elle fonce après les averses. Une injection contre l’humidité du sol ne réglerait donc que la première.

Remontées capillaires ou infiltration : comment en être sûr ?

Pas toujours au premier coup d’œil, puisque les deux marquent le bas des murs. Une question tranche souvent : le mur est-il nettement plus humide après une forte pluie ? Si oui, cherchez d’abord du côté de la pluie.

Un échange lu sur un forum de construction montre le piège. Chez un propriétaire, deux entreprises spécialisées avaient conclu à des remontées capillaires, et lui proposaient une injection. Pourtant, sa façade n’avait plus d’enduit sur deux mètres de haut, et plusieurs murs n’avaient même pas de gouttière : de quoi expliquer l’humidité sans chercher plus loin. Les réponses sur ce forum lui ont conseillé de poser les gouttières et de refaire l’enduit d’abord, puis d’observer le mur avant de payer un traitement.

Petite astuce de diagnostiqueur : faites le tour de la maison sous une grosse pluie. Une gouttière qui déborde, une descente déboîtée ou un terrain qui penche vers la façade se repèrent en quelques minutes.

Que dit déjà votre dossier de diagnostics ?

Les diagnostics ne mesurent pas l’humidité des murs, mais plusieurs rapports donnent des indices, à condition de les lire ensemble.

  • Le DPE décrit les murs (pierre, brique, parpaing, isolés ou non) et la ventilation. « Ventilation par ouverture des fenêtres » veut dire qu’il n’y a ni VMC ni entrées d’air : la vapeur de la maison n’a pas de sortie prévue.
  • L’état des risques dit si la commune est exposée aux argiles qui gonflent et se rétractent, ou aux inondations. Les deux comptent avant de creuser un drain.
  • L’état parasitaire, s’il a été fait, signale les moisissures et les champignons du bois. Dans les zones délimitées par arrêté préfectoral, le dossier contient aussi une information sur la mérule, un champignon qui se développe dans le bois humide.

Personnellement, je l’ai appris à mes dépens. Le dossier de la maison que j’ai achetée en 2020 décrivait des murs en pierre non isolés, un sol sur terre-plein et une ventilation « par ouverture des fenêtres ». Il recommandait de prévoir des entrées d’air, et l’état parasitaire signalait des moisissures dans le séjour, le couloir et une chambre. Croyant bien faire, j’ai changé les fenêtres (sans entrées d’air), et isolé le mur en pierre de la salle de bains. Résultat : de la condensation partout, et des moisissures qui ont gagné du terrain. Cinq hivers plus tard, j’ai relu ces rapports : ensemble, ils annonçaient presque tout.

Et dans votre maison ?

Votre DPE parle d’une ventilation par les fenêtres, votre état parasitaire de moisissures ? Je relie ces indices à vos projets de travaux, pour vous aider à choisir lesquels mener, et dans quel ordre.

Dans quel ordre traiter un mur humide ?

On traite toujours l’eau avant le mur. Les fiches de référence sur le bâti ancien le disent : le traitement de ces désordres « devra obligatoirement précéder tous les autres travaux » (Parc naturel régional du Gâtinais français). L’ordre éprouvé tient en cinq étapes.

  1. Éloigner l’eau, dehors : gouttières et descentes en bon état, terrain et terrasse qui ne renvoient pas l’eau contre le mur.
  2. Retirer ce qui bloque le mur : l’enduit ciment, au moins sur le premier mètre, et les peintures étanches à l’intérieur.
  3. Laisser sécher plusieurs mois, parfois plus d’un an.
  4. Enduire uniquement à la chaux, jamais avec un mélange de ciment et de chaux : la chaux arrête la pluie mais laisse passer la vapeur.
  5. Ventiler et chauffer régulièrement, pour que la vapeur de la maison sorte au lieu de se poser sur les murs.
Coupe de deux murs en pierre : sous un enduit ciment, l'eau du sol monte jusqu'à 1,5 à 2 m ; sous un enduit à la chaux, elle s'évapore vers 50 à 80 cm (schéma de principe)

Si l’humidité persiste après un hiver d’observation, un drainage peut se discuter, après un vrai diagnostic. Il se fait alors à distance de la façade, à 1 ou 2 m, et non collé au mur (Parc naturel régional Loire-Anjou-Touraine).

Faut-il injecter de la résine dans les murs ?

Pas en premier, et rarement dans un mur ancien. L’injection ne vise qu’une cause, l’eau qui monte du sol. Si l’humidité vient de la pluie ou de la condensation, elle ne change rien.

On perce des trous au pied du mur et on y injecte un produit censé former une barrière étanche. Dans un mur récent en parpaing ou en brique, cela peut fonctionner. Dans un mur ancien, son efficacité est très discutée : ce mur est fait de deux faces de pierres avec, entre elles, de la terre, des cailloux et des vides. Le produit s’y perd sans former de barrière continue.

Même quand elle fonctionne, le mur reste gorgé d’eau pendant des mois, pour une facture qui se compte souvent en milliers d’euros. Avant de signer, posez cette question à l’entreprise : « D’où vient l’eau, et comment l’avez-vous vérifié ? » Si l’entreprise n’a pas cherché la cause, son devis ne dit rien de votre mur.

Ciment, peinture anti-humidité : les dépenses qui ne règlent rien

Elles ont un point commun : elles cachent l’eau au lieu de lui laisser une sortie, et le mur se dégrade derrière.

  • La peinture « anti-humidité », même « spéciale salpêtre », masque les taches quelques mois, puis cloque, et l’eau enfermée continue d’abîmer le mur.
  • L’enduit ciment sur un mur ancien, rigide et presque étanche à la vapeur, se microfissure : l’eau entre et ne ressort plus. Il est souvent la cause du problème.
  • Un doublage en plaques de plâtre et laine de verre sur un mur humide laisse l’humidité stagner derrière, et les moisissures s’installent sans que rien ne se voie.
  • Un drain collé au pied d’une maison ancienne sans fondations profondes peut assécher l’argile du sol, qui se rétracte et fait bouger les murs. Vérifiez l’exposition de votre commune sur Géorisques avant d’en parler à une entreprise.
  • Les boîtiers électroniques et les déshumidificateurs vendus comme remèdes traitent l’air, pas le mur.

« Je veux le laisser respirer », écrivait à raison un autre propriétaire sur un forum, en grattant l’enduit ciment de son mur de cave.

Peut-on isoler un mur humide ?

Non, pas tant qu’il est humide, ni par l’intérieur ni par l’extérieur. Un isolant posé sur un mur mouillé se comporte comme une éponge : il garde l’eau contre le mur et perd presque tout son pouvoir isolant.

Une fois le mur sec, l’isoler n’a rien d’automatique. Pour la fiche ATHEBA sur les murs anciens, la première étape est plutôt une « correction thermique » : un enduit isolant de quelques centimètres, par exemple à la chaux et au chanvre, qui rend le mur moins froid au toucher. Une vraie isolation ne se justifie que si les murs sont la principale source de pertes de chaleur, et toujours avec des matériaux qui laissent passer la vapeur.

Pensez aussi au confort : un mur humide est un mur froid, puisque l’eau conduit la chaleur. Le sécher améliore donc le confort avant même la moindre isolation.

Questions fréquentes

Quel taux d’humidité est normal dans un mur ancien ?

Un mur ancien n’est jamais tout à fait sec, et c’est normal. Les humidimètres à pointes vendus en magasin donnent sur la pierre des chiffres peu fiables. Ils servent surtout à comparer : le même mur en bas et à hauteur d’homme, ou le même endroit d’une saison à l’autre.

Un déshumidificateur suffit-il ?

Il sèche l’air d’une pièce, pas le mur. Il dépanne contre la condensation en attendant une vraie ventilation, mais il ne fait rien contre l’eau du sol ou de la pluie.

Faut-il faire appel à un professionnel pour trouver la cause ?

Pas toujours. Quand la cause reste floue, un professionnel capable de mesurer et d’investiguer coûte bien moins cher qu’un mauvais traitement. Choisissez de préférence quelqu’un qui ne vend pas lui-même le traitement.